L’horlogerie suisse n’échappe pas à la progression de la circularité dans l’industrie. Les montres de luxe sont faites pour durer mais leur fabrication n’en reste pas moins gourmande en matériaux à fort impact environnemental. Cet artisanat explore différentes solutions pour y remédier.
Longtemps, l’industrie horlogère suisse s’est pensée comme durable par nature. Une montre mécanique bien entretenue peut traverser plusieurs générations, être réparée, transmise ou revendue. Sur le papier, c’est déjà une forme d’économie circulaire. Pourtant, derrière cette image intemporelle, le secteur reste fortement dépendant de matières premières à fort impact environnemental, comme l’or, l’acier ou certains composants électroniques.
Depuis quelques années, plusieurs marques suisses cherchent donc à intégrer davantage les principes de l’économie circulaire : matériaux recyclés, baisse des émissions, ou réemploi des composants. Et parfois, cela passe par des objets inattendus.
Quand Swatch rencontre Blancpain
La collaboration entre Swatch Group et Blancpain autour de la montre « Blancpain x Swatch Fifty Fathoms » était l’occasion de tester de nouveaux matériaux. Lancée en 2023, cette montre inspirée d’un modèle iconique de plongée de Blancpain reprend les codes du luxe horloger dans une version beaucoup plus accessible.
Cette collaboration illustre aussi certaines évolutions de l’industrie telles que la réduction de l’usage de plastiques conventionnels en expérimentant de nouveaux matériaux moins dépendants des ressources fossiles. Le boîtier de la montre est fabriqué en « biocéramique », un mélange réalisé en Suisse et composé de deux tiers de poudre céramique d’oxyde de zirconium, réputée dans l’horlogerie haut de gamme, et d’un tiers de matériau biosourcé dérivé d’huile de ricin. Permettant l’obtention d’un produit solide et au toucher soyeux. Le bracelet quant à lui est composé de filets de pêche recyclés pour rester dans le thème de la plongée.
Une industrie poussée à changer
La pression vient autant des consommateurs que des investisseurs et des réglementations environnementales. Selon une analyse de PwC Suisse, l’économie circulaire représente désormais un enjeu stratégique majeur pour l’horlogerie et le luxe. Les pistes explorées concernent l’utilisation d’acier ou d’or recyclés, la réduction des déchets de production, l’amélioration de la traçabilité des matériaux, ainsi qu’une réduction des émissions liées à la fabrication. Le Swatch Group affirme par exemple avoir réduit ses émissions directes et augmenté sa part d’électricité renouvelable dans ses sites de production.
L’économie circulaire ne se limite donc pas à fabriquer une montre « plus verte ». Elle implique de repenser l’ensemble du cycle de vie : conception, réparation, recyclage et réutilisation des ressources. Dans un pays comme la Suisse, où l’horlogerie fait partie du patrimoine industriel, cette transition pourrait devenir un enjeu aussi stratégique qu’économique.
