L’horlogerie suisse peut-elle devenir circulaire ? L’exemple de Swatch et Blancpain

vendredi 15 mai 2026

L’horlogerie suisse n’échappe pas à la progression de la circularité dans l’industrie. Les montres de luxe sont faites pour durer mais leur fabrication n’en reste pas moins gourmande en matériaux à fort impact environnemental. Cet artisanat explore différentes solutions pour y remédier.

 

 

Longtemps, l’industrie horlogère suisse s’est pensée comme durable par nature. Une montre mécanique bien entretenue peut traverser plusieurs générations, être réparée, transmise ou revendue. Sur le papier, c’est déjà une forme d’économie circulaire. Pourtant, derrière cette image intemporelle, le secteur reste fortement dépendant de matières premières à fort impact environnemental, comme l’or, l’acier ou certains composants électroniques.

Depuis quelques années, plusieurs marques suisses cherchent donc à intégrer davantage les principes de l’économie circulaire : matériaux recyclés, baisse des émissions, ou réemploi des composants. Et parfois, cela passe par des objets inattendus.

Quand Swatch rencontre Blancpain

La collaboration entre Swatch Group et Blancpain autour de la montre « Blancpain x Swatch Fifty Fathoms » était l’occasion de tester de nouveaux matériaux. Lancée en 2023, cette montre inspirée d’un modèle iconique de plongée de Blancpain reprend les codes du luxe horloger dans une version beaucoup plus accessible.

Cette collaboration illustre aussi certaines évolutions de l’industrie telles que la réduction de l’usage de plastiques conventionnels en expérimentant de nouveaux matériaux moins dépendants des ressources fossiles. Le boîtier de la montre est fabriqué en « biocéramique », un mélange réalisé en Suisse et composé de deux tiers de poudre céramique d’oxyde de zirconium, réputée dans l’horlogerie haut de gamme, et d’un tiers de matériau biosourcé dérivé d’huile de ricin. Permettant l’obtention d’un produit solide et au toucher soyeux. Le bracelet quant à lui est composé de filets de pêche recyclés pour rester dans le thème de la plongée.

Une industrie poussée à changer

La pression vient autant des consommateurs que des investisseurs et des réglementations environnementales. Selon une analyse de PwC Suisse, l’économie circulaire représente désormais un enjeu stratégique majeur pour l’horlogerie et le luxe. Les pistes explorées concernent l’utilisation d’acier ou d’or recyclés, la réduction des déchets de production, l’amélioration de la traçabilité des matériaux, ainsi qu’une réduction des émissions liées à la fabrication. Le Swatch Group affirme par exemple avoir réduit ses émissions directes et augmenté sa part d’électricité renouvelable dans ses sites de production.

L’économie circulaire ne se limite donc pas à fabriquer une montre « plus verte ». Elle implique de repenser l’ensemble du cycle de vie : conception, réparation, recyclage et réutilisation des ressources. Dans un pays comme la Suisse, où l’horlogerie fait partie du patrimoine industriel, cette transition pourrait devenir un enjeu aussi stratégique qu’économique.

Sources : Reloved /Swatch /PwC / Blancpain

▼ À LIRE AUSSI

Satigny, le petit Kalundborg genevois

Que se passerait-il si les entreprises d’une même zone industrielle décidaient de partager leurs déchets, leur énergie et leurs ressources plutôt que de gérer chacune les siennes dans leur coin ? À Satigny, la ZIBAY tente de répondre concrètement à cette question — en s’inspirant d’un modèle vieux de cinquante ans né au Danemark : la symbiose industrielle de Kalundborg.

l’Impact Hub soutient les entrepreneurs de la circularité

La nouvelle édition de l’incubateur de l’économie circulaire est en marche depuis février 2026, portée par l’Impact Hub Geneva. Un rendez-vous désormais bien rodé, qui confirme Genève comme l’un des foyers romands de l’entrepreneuriat circulaire.

Du béton recyclé pour les nouveaux bâtiments des Charmilles

Plutôt que d’évacuer les gravats issus de la démolition de l’usine italienne, la Caisse de prévoyance de l’État de Genève (CPEG) a fait le choix de concasser l’ancien béton sur place et de le réintégrer directement dans les nouvelles constructions. Plusieurs éléments structurels de l’usine ont également été directement réutilisés.

Voiture électrique: comment rendre les batteries plus durables?

Si les voitures électriques n’émettent pas de CO₂ en roulant, leur impact environnemental dépend largement de la manière dont leurs batteries sont produites, utilisées et recyclées. De nouvelles approches issues de l’économie circulaire permettent aujourd’hui de prolonger leur durée de vie, de les réutiliser et de mieux récupérer les matériaux.

Six leviers locaux pour réduire l’impact environnemental

Les initiatives locales jouent un rôle clé en proposant des solutions concrètes pour transformer nos modes de production et de consommation. Elles s’articulent autour de six domaines complémentaires, au cœur de la transition écologique des territoires.

Apprendre le design circulaire par l’immersion

À Oerlikon, un espace communautaire est devenu le terrain d’un cours pilote dédié au design circulaire. Les étudiants y ont exploré la co-création et le réemploi aux côtés des habitants.

Transformer l’emballage en service: le pari circulaire d’Unpack

Née d’un constat simple, l’excès d’emballages jetables dans notre alimentation, l’initiative Unpack veut prouver qu’un contenant peut devenir un service, et non un déchet. Clément Jaton, son fondateur, mise sur la collaboration locale pour faire du réemploi une évidence plutôt qu’une exception.