Le savon solide, vieux de 5 000 ans et plus actuel que jamais

vendredi 17 avril 2026

Il a traversé l’Antiquité, survécu à la révolution industrielle, et résisté, non sans peine, à l’offensive du gel douche. Le savon solide est aujourd’hui au cœur d’un retour en grâce qui doit autant à la nostalgie qu’à une volonté écologique. À Genève comme partout en Suisse romande, des savonneries artisanales fleurissent.

Le savon solide vivait sans concurrent, jusqu’à l’arrivée des savons liquides, plus tard, du gel douche. La composition de ses fameux gels ? De l’eau, des conservateurs, des agents émulsifiants et des parfums de synthèse, le tout conditionné dans un flacon en plastique à usage unique. Le consommateur paie ainsi une grande quantité d’eau, un emballage non réutilisable et des ingrédients souvent plus agressifs pour la peau et l’environnement. Le savon solide, lui, n’a pas changé depuis ses origines mésopotamiennes il y a 5 000 ans : il est issu du processus de saponification, une réaction chimique entre des graisses animales ou végétales et des éléments alcalins.

Outre ses avantages d’emballage et de composition, le savon solide possède encore un troisième argument en sa faveur, la quantité utilisée. Pour un lavage de mains typique, on utilise 3,5 grammes de savon liquide contre 0,23 gramme de savon solide soit quinze fois moins. Un savon solide de 100 grammes dure en moyenne cinq à six semaines, ce qui le rend également plus économique à l’usage, malgré un prix d’achat parfois plus élevé.

Genève, terrain fertile pour les savonniers artisanaux

C’est précisément ce créneau qu’ont investi plusieurs savonneries genevoises. La Savonnerie de la Cité, installée rue des Grottes, fabrique ses savons en petites séries dans son atelier au fond de la boutique. Elle utilise notamment de l’huile de tournesol cultivée localement, du lait d’avoine produit à l’Abbaye de Presinge — dans le canton de Genève — et du lait de bufflonne d’une ferme à Bernex. Chaque savon est saponifié à froid et conditionné à la main, sans emballage plastique.

NOVAS-SAVON, autre savonnerie genevoise, pousse la logique encore plus loin : une gamme entièrement solide couvrant le corps, les mains, le visage, les cheveux et même le ménage, avec des ingrédients suisses — huile de tournesol, colza, sel des Alpes — et une liste d’ingrédients volontairement réduite au strict minimum. Pas de parfum, pas d’huile essentielle, pas d’huile de palme. Une approche pensée pour les peaux sensibles et les consommateurs qui veulent savoir exactement ce qu’ils appliquent sur leur peau.

Ces deux exemples genevois illustrent un mouvement plus large : celui d’une filière artisanale qui réconcilie savoir-faire traditionnel, circuits courts et économie circulaire. Le savon solide ne fait pas que réduire les déchets plastiques, il relocalise une production, valorise des ingrédients agricoles locaux et recrée du lien entre le consommateur et l’objet qu’il utilise chaque jour. Un pain de savon, c’est finalement une belle démonstration que les objets les plus simples sont souvent les plus durables.

 Source : La Savonnerie de la Cité// NOVAS-SAVONS //reloved.media

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